Cheb Aissa
Ali-Chérif Benaïssa, dit Aïssa , a vu le
jour le 1er mars 1972 à Saïda, la ville natale de Cheb Mami, située
dans l'ouest algérien à 200 kilomètres d'Oran. Dès sa plus tendre
enfance, il se rend dans les fêtes familiales avec sa grand-mère
maternelle - une "meddahate" (chanteuse traditionnelle se produisant
devant un auditoire exclusivement féminin). C'est aux côtés de son
aïeule que l'enfant, à 12 ans, Cheb Aïssa chante pour la première fois en
public. Seulement quelques chansons, devant des femmes accompagnées
de leurs enfants. Aussi courtes soient ses prestations, il est
irrémédiablement piqué par le virus de la musique. Et son cousin,
qui l'encourage à suivre sa vocation, n'a pas de mal à le
convaincre.En 1986, l'adolescent rejoint le groupe de raï Farachète
(Papillons), avec lequel il chante dans des centres culturels et
passe des nuits à animer des mariages. Il sait qu'au retour de
chaque concert, son père, petit épicier qui espère voir son fils
apprendre un "vrai" métier, l'attend de pied ferme pour lui
administrer une bonne correction. Mais l'appel de la musique est
plus fort que tout.
Cheb Aissa Suite ...
Chanteur et auteur-compositeur , Cheb Aïssa,
parrainé à ses débuts par Cheb Mami, est le chantre du "trab", ce
raï de la terre, profondément rural, que sa voix modernise sans en
dénaturer l'essence. Itinéraire ordinaire d'un raïman singulier.
En 1988, le jeune artiste sans-le-sou vend quelques cageots de
légumes pour payer son transport jusqu'à Oran, ville rêvée de tous
ceux qui aiment la musique, la vie, la mer, les filles, la fête, la
liberté. Il a 16 ans et une détermination à toute épreuve. Son
objectif : se faire embaucher aux Andalouses, complexe touristique
de la corniche où ont été entendus, à leurs débuts, cheb Khaled, cheb Hasni,
cheb Mami... "Pendant un mois, j'ai dormi sur la pelouse des Andalouses,
parce que je n'avais pas d'argent", raconte Aïssa. "Un jour, les
agents de sécurité m'ont remarqué. Je leur ai fait croire que mes
parents louaient un bungalow. Mais l'équipe du complexe s'est rendue
compte de mon mensonge. J'ai expliqué que mes parents étaient plutôt
pauvres, que je voulais travailler, chanter surtout". Après
discussion, on lui donne sa chance, une chambre, un carnet de
tickets-restaurant. Il fait un essai aux Andalouses... et y reste
presque deux mois. "Pour sa première, il était en short", se
souvient affectueusement le guitariste Zinata (qui a collaboré avec
le gotha du raï, Khaled, Fadela & Sarahoui...), convaincu dès le
début par cette voix prometteuse. "cheb Aïssa était un aventurier.
L'amour de la musique l'a poussé à supporter tout ça".
Pourtant, un flaireur de talent(s) ne le quitte pas des yeux, ou des
oreilles, plutôt. Michel Lévy, manager de Cheb Mami, suit
l'évolution de cette voix qui l'a marqué dès qu'il l'a entendue au
Maroc, à la fin des années 80. En 1996, une collaboration se met
tranquillement en route. cheb Aïssa assure diverses premières parties de
Cheb Mami, qui, avec la générosité qu'on lui connaît, parraine son
cadet. Ainsi, en 1997, ce dernier est projeté sur la grande scène de
la Fête de l'Humanité (trente minutes de concert) et, l'année
suivante, il joue avant Mami à la Cigale (Paris).
Michel Lévy, devenu l'éditeur et manager d'Aïssa en 1997, a racheté
le dernier enregistrement de son jeune protégé, "Chira France" ("La
fille de France"), et l'a mis en place dans les bacs des disquaires.
L'album a été bien accueilli par la presse. Mais il a valu des
protestations féminines à son auteur qui, dans la chanson-titre, dit
souffrir à cause d'une beurette qui "embrasse les hommes et boit de
la bière". Un malentendu, probablement. Car Aïssa n'a rien d'un
macho archaïque. C'est plutôt qu'il a repris à son compte le jeu de
la provocation, la confrontation des moeurs, l'exacerbation des
rapports entre hommes et femmes : autant d'attitudes et de thèmes
qui ont ensemencé le raï dès ses prémices.
On retrouve un sample de cornemuses dans le titre éponyme de l'album
"Nouara", chanson populaire des Aurès dont Cheb Aïssa mâtine de funk
le rythme chaoui. Selon les plages, les instruments modernes sont
rejoints par le violon, la gasba (flûte), le bendir, la derbouka ou
l'accordéon. Blues rock, break-beat, guitare reggae, parfums
orientaux, complainte dépouillée, rap (par le tchatcheur marseillais
Fresh.K, sur le single "Vivre ma vie", mixé par le célèbre
producteur new-yorkais Mario Rodriguez)... Le raï, ici, prend de
sacrées couleurs, sans pour autant perdre sa saveur originelle. Cheb
Aïssa se distingue par sa manière de puiser aux racines bédouines de
l'Ouest algérien, au "trab" (la poussière, la terre). Le trab
désigne un style de chant rural attaché à la gasba et dont les
improvisations audacieuses ne craignent ni les arabesques sensuelles
ni les allusions sexuelles. Il a trouvé, en Cheb Aïssa, un
continuateur inspiré, qui, de son souffle totalement contemporain,
attise passionnément les braises de la tradition.